La procrastination, ce n’est pas juste remettre à plus tard.
C’est ce moment où vous fixez l’écran de votre ordinateur depuis 20 minutes en sachant pertinemment que vous devriez être en train de travailler.
Ou quand vous réorganisez votre bibliothèque alors que ce rapport urgent vous attend.
J’ai longtemps cru que la procrastination était une simple question de paresse ou de manque d’organisation. Quelle erreur !
Après des années à me battre contre ce problème, j’ai découvert une approche en deux étapes qui a changé ma relation avec mes tâches quotidiennes.
Pourquoi nous procrastinons vraiment (et ce n’est pas par paresse)
Avant de plonger dans la méthode, comprenons ce qui se passe réellement quand on procrastine. Contrairement aux idées reçues, la procrastination n’est pas un problème de gestion du temps.
Selon le Dr. Tim Pychyl, professeur de psychologie à l’Université Carleton, la procrastination est fondamentalement une stratégie d’évitement émotionnel. Nous repoussons les tâches qui nous font ressentir des émotions négatives : anxiété, ennui, frustration, ou sentiment d’incompétence.
Une étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology a révélé que 80% des étudiants universitaires admettent procrastiner régulièrement, et environ 20% sont des procrastinateurs chroniques.
Les trois visages de la procrastination
- La procrastination d’évitement : Vous repoussez une tâche parce qu’elle vous semble désagréable ou effrayante.
- La procrastination de décision : Vous retardez parce que vous n’arrivez pas à choisir comment procéder.
- La procrastination perfectionniste : Vous attendez le moment parfait ou vous vous perdez dans les détails.
Ma propre expérience? J’étais un mélange des trois. Je repoussais les appels importants (évitement), je passais des heures à comparer différentes approches sans jamais me lancer (décision), et je révisais sans cesse mes projets sans jamais les considérer comme terminés (perfectionnisme).
La méthode en 2 étapes qui a tout changé pour moi
Après avoir testé d’innombrables techniques anti-procrastination, j’ai finalement trouvé une approche qui fonctionne. Elle est simple, mais redoutablement efficace.
Étape 1 : Le démarrage micro (ou comment tromper votre cerveau)
Le principe est d’une simplicité désarmante : commencer si petit que votre cerveau ne peut pas trouver d’excuse pour résister.
Le psychologue BJ Fogg de Stanford appelle cela les « Tiny Habits » (micro-habitudes). L’idée est de réduire la tâche à sa plus petite expression possible – quelque chose qui prend moins de 2 minutes.
Exemples concrets :
- Pour un rapport : « Je vais juste écrire une phrase »
- Pour faire du sport : « Je vais juste mettre mes chaussures de course »
- Pour ranger la maison : « Je vais juste ranger trois objets »
- Pour un projet créatif : « Je vais juste préparer mes outils »
La première fois que j’ai essayé cette approche, j’étais sceptique. Comment « juste écrire une phrase » allait-il m’aider à terminer un article de 2000 mots? Mais quelque chose d’étrange s’est produit : après avoir écrit cette première phrase, j’en ai naturellement écrit une deuxième, puis une troisième…
Cette technique fonctionne grâce à deux principes psychologiques :
- L’effet Zeigarnik : Notre cerveau déteste laisser les choses inachevées. Une fois que nous commençons, une tension psychologique nous pousse à continuer.
- L’inertie comportementale : Il est plus facile de continuer une action déjà en cours que de la commencer.
Le truc est de se concentrer uniquement sur le démarrage, pas sur la tâche entière. Ne vous promettez pas de finir – promettez-vous seulement de commencer minusculement.
Étape 2 : La pause stratégique (ou comment rester en mouvement)
La deuxième étape est contre-intuitive mais cruciale : planifiez délibérément des pauses avant d’en avoir besoin.
Voici comment procéder :
- Travaillez pendant un court intervalle (15-25 minutes)
- Prenez une pause de 5 minutes avant de ressentir de la fatigue
- Répétez ce cycle
Cette technique, inspirée de la méthode Pomodoro, fonctionne différemment quand on l’aborde sous l’angle de la procrastination. L’astuce est de s’arrêter au moment où vous êtes encore engagé et motivé – pas quand vous commencez à traîner.
François, un de mes collègues qui procrastinait chroniquement, était perplexe : « Mais si je suis enfin dans le flux, pourquoi m’arrêter? » La raison est psychologique : en vous arrêtant quand vous êtes encore engagé, vous créez un désir de revenir à la tâche.
Ernest Hemingway utilisait cette technique : il s’arrêtait d’écrire en plein milieu d’une phrase, créant ainsi une envie naturelle de reprendre le lendemain.
La pause stratégique fait deux choses essentielles :
- Elle prévient l’épuisement mental qui mène à la procrastination
- Elle crée un « effet de crochet » qui vous donne envie de revenir à la tâche
Comment appliquer cette méthode à différents types de tâches
Pour les tâches intellectuelles
Si vous procrastinez sur un projet créatif ou intellectuel (rédaction, programmation, étude), essayez ceci :
| Micro-démarrage | Pause stratégique |
|---|---|
| Écrire juste le titre ou la première ligne | S’arrêter au milieu d’une idée que vous êtes enthousiaste de développer |
| Ouvrir le document et changer une chose minuscule | Faire une pause après avoir résolu un petit problème, pas un gros |
J’ai utilisé cette approche pour écrire mon mémoire universitaire. Au lieu de me fixer l’objectif intimidant d’écrire des pages entières, je me disais : « Je vais juste relire le dernier paragraphe et ajouter une phrase. » Invariablement, cette phrase en appelait une autre, et bientôt je me retrouvais à écrire pendant une heure.
Pour les tâches administratives
Ces tâches sont souvent les championnes de la procrastination – impôts, factures, emails professionnels…
| Micro-démarrage | Pause stratégique |
|---|---|
| Ouvrir juste le formulaire ou le site web | Faire une pause après avoir complété une section, pas le document entier |
| Classer un seul document | S’arrêter après avoir traité 5-10 éléments, même si vous pourriez continuer |
Une amie comptable m’a confié qu’elle procrastinait même sur ses propres déclarations fiscales. Sa solution? Elle s’engage juste à « ouvrir le logiciel et vérifier une ligne » – et généralement, elle finit par en faire bien plus.
Pour les tâches physiques
L’exercice, le ménage, ou les travaux manuels sont aussi sujets à la procrastination.
| Micro-démarrage | Pause stratégique |
|---|---|
| Mettre ses vêtements de sport sans promesse de s’entraîner | S’arrêter après 10 minutes d’échauffement, quand vous commencez à apprécier |
| Nettoyer juste une surface ou ranger trois objets | Faire une pause après avoir terminé une petite zone, pas toute la pièce |
Les obstacles courants et comment les surmonter
Même avec cette méthode simple, certains obstacles peuvent survenir. Voici comment les gérer :
Quand le micro-démarrage ne fonctionne pas
Parfois, même commencer petit semble impossible. Dans ce cas :
- Rendez-le encore plus petit. Si « écrire une phrase » est trop, essayez « ouvrir le document ». Si « mettre les chaussures de course » est trop, essayez « sortir les chaussures du placard ».
- Utilisez le « si-alors ». Créez un déclencheur automatique : « Si je me verse un café, alors j’ouvrirai mon document de travail ».
Un jour où je n’arrivais absolument pas à me mettre à un projet important, j’ai réduit mon micro-démarrage à simplement « ouvrir le dossier du projet sur mon ordinateur ». C’était si ridiculement facile que je l’ai fait, et cela a suffi à briser la glace.
Quand vous oubliez de faire des pauses
Il est facile de se laisser emporter et d’oublier la partie « pause stratégique » :
- Utilisez un minuteur visible. Placez-le dans votre champ de vision.
- Préparez votre pause à l’avance. Décidez ce que vous ferez pendant ces 5 minutes (étirements, respiration, courte marche).
J’ai remarqué que sans minuteur, je travaillais jusqu’à l’épuisement, ce qui me faisait ensuite procrastiner pendant des jours. Le minuteur est devenu mon meilleur allié.
Quand la culpabilité s’en mêle
La culpabilité est souvent le compagnon fidèle de la procrastination :
- Célébrez les micro-victoires. Reconnaissez chaque petit début comme un succès en soi.
- Pratiquez l’auto-compassion. La recherche montre que se flageller pour avoir procrastiné ne fait qu’empirer le cycle.
La psychologue Clarisse Gardet explique : « La culpabilité active les mêmes centres cérébraux que la douleur physique. Notre cerveau cherche naturellement à éviter cette souffrance – souvent en procrastinant davantage pour échapper à ces sentiments négatifs. »
Transformer cette méthode en habitude durable
Pour que cette approche devienne votre nouvelle façon de fonctionner :
Suivez vos progrès simplement
Créez un système minimaliste de suivi. Pas besoin d’applications complexes :
- Un simple « X » sur un calendrier les jours où vous avez appliqué la méthode
- Une note rapide sur ce que vous avez commencé, même si c’était minuscule
J’utilise un carnet où je note chaque micro-démarrage. Voir la liste s’allonger est étonnamment motivant.
Adaptez selon vos observations
Cette méthode n’est pas rigide. Observez ce qui fonctionne pour vous :
- Certaines personnes préfèrent des micro-démarrages extrêmement petits (30 secondes)
- D’autres trouvent que des intervalles de travail plus courts (10 minutes) fonctionnent mieux
- Vous pourriez découvrir que certaines tâches nécessitent des approches différentes
Au fil du temps, j’ai découvert que pour l’écriture, un micro-démarrage de « juste trois phrases » fonctionne parfaitement, alors que pour l’exercice physique, je dois commencer par « juste mettre mes vêtements de sport et sortir de la maison » – sans aucune promesse de m’entraîner.
Ce que cette méthode m’a appris sur la procrastination
Après des mois à pratiquer cette approche en deux étapes, j’ai réalisé quelque chose d’important : la procrastination n’est pas notre ennemie. C’est un signal, un message de notre cerveau qui nous dit « quelque chose ne va pas dans la façon dont j’aborde cette tâche ».
En utilisant le micro-démarrage et la pause stratégique, nous ne combattons pas la procrastination – nous l’écoutons et travaillons avec elle, pas contre elle.
Le psychologue Neil Fiore suggère de voir la procrastination comme un « mécanisme de protection » qui nous empêche de nous sentir dépassés ou anxieux. Notre méthode en deux étapes respecte ce mécanisme tout en nous permettant d’avancer.
La beauté de cette approche est qu’elle élimine la pression. Vous n’avez pas à devenir une personne différente ou à développer une « volonté de fer ». Vous travaillez simplement avec votre cerveau tel qu’il est, en utilisant sa tendance naturelle à continuer ce qui est déjà commencé.
Comme me l’a dit un jour mon mentor : « La motivation ne précède pas l’action – elle la suit. » Cette méthode en deux étapes incarne parfaitement cette sagesse.
Alors la prochaine fois que vous vous retrouverez à procrastiner, rappelez-vous : commencez si petit que c’en est ridicule, arrêtez-vous avant d’être fatigué, et observez comment, petit à petit, les montagnes de tâches repoussées commencent à s’aplanir devant vous.
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- Pourquoi nous procrastinons vraiment (et ce n’est pas par paresse)
- Les trois visages de la procrastination
- La méthode en 2 étapes qui a tout changé pour moi
- Étape 1 : Le démarrage micro (ou comment tromper votre cerveau)
- Étape 2 : La pause stratégique (ou comment rester en mouvement)
- Comment appliquer cette méthode à différents types de tâches
- Pour les tâches intellectuelles
- Pour les tâches administratives
- Pour les tâches physiques
- Les obstacles courants et comment les surmonter
- Quand le micro-démarrage ne fonctionne pas
- Quand vous oubliez de faire des pauses
- Quand la culpabilité s’en mêle
- Transformer cette méthode en habitude durable
- Suivez vos progrès simplement
- Adaptez selon vos observations
- Ce que cette méthode m’a appris sur la procrastination
