Chaque été, des millions de jardiniers en France répandent du paillis autour de leurs plantations sans se poser de questions.
C’est devenu un geste presque automatique, une habitude transmise de voisin en voisin, de génération en génération.
Le paillis retient l’humidité, limite les mauvaises herbes, nourrit le sol. Difficile de trouver quelque chose à lui reprocher.
Et pourtant, certains types de paillis créent des conditions idéales pour que les serpents s’installent durablement à proximité immédiate des habitations.
Ce n’est pas une légende urbaine ni une exagération.
C’est une réalité que les herpétologues et les gestionnaires d’espaces verts connaissent bien, mais que le grand public ignore presque totalement.
Le paillis de paille et de foin : le grand coupable
Parmi tous les types de paillis disponibles sur le marché ou fabriqués maison, c’est le paillis de paille qui pose le plus de problèmes. Il est suivi de près par le paillis de foin, le paillis de feuilles mortes non broyées et dans une moindre mesure par certains paillis de bois grossier. Ces matériaux ont un point commun : ils créent des cavités, des galeries et des espaces creux à l’intérieur de leur masse. Des espaces sombres, humides et chauds. Exactement ce que recherche un serpent.
La paille en particulier, lorsqu’elle est étalée en couche épaisse de dix à quinze centimètres comme le recommandent la plupart des guides de jardinage, forme une véritable structure isolante. La température à l’intérieur d’un tas de paille peut être significativement plus élevée que la température ambiante, même en pleine nuit. Pour un reptile qui dépend de sources de chaleur externes pour réguler sa température corporelle, c’est une aubaine.
Pourquoi les serpents sont attirés par ces conditions
Les serpents sont des animaux ectothermes, c’est-à-dire qu’ils ne produisent pas leur propre chaleur corporelle. Ils doivent trouver dans leur environnement des zones chaudes pour s’activer et des zones fraîches pour se reposer. Un paillis de paille épais leur offre les deux à la fois : la surface exposée au soleil se réchauffe rapidement, tandis que les couches internes restent fraîches et humides.
À cela s’ajoute un autre facteur déterminant : la présence de proies. Un jardin bien paillé est un jardin vivant. Les mulots, les campagnols, les lézards, les limaces et les vers de terre prolifèrent sous le paillis. Ces animaux constituent le régime alimentaire de base de la plupart des serpents présents en France, notamment la couleuvre à collier, la couleuvre verte et jaune et la vipère aspic. Le paillis ne fait donc pas qu’offrir un abri aux serpents. Il leur sert aussi de garde-manger.
Les femelles de plusieurs espèces utilisent les zones paillées pour pondre leurs œufs. La chaleur stable et l’humidité contrôlée que maintient un bon paillis reproduisent des conditions presque parfaites pour l’incubation. Des jardiniers ont ainsi découvert, en retournant leur paillis en fin de saison, des amas d’œufs de couleuvres parfaitement nichés à quelques centimètres sous la surface.
Les espèces que vous risquez de croiser dans votre jardin
En France métropolitaine, on recense treize espèces de serpents. La grande majorité est totalement inoffensive pour l’être humain. Mais leur présence soudaine au pied d’une terrasse ou dans un massif fleuri peut provoquer une frayeur réelle, surtout pour les enfants et les personnes qui en ont peur.
- La couleuvre à collier (Natrix natrix) : c’est probablement l’espèce que vous avez le plus de chances de croiser dans un jardin paillé. Elle affectionne les zones humides, se nourrit principalement de grenouilles et de petits rongeurs, et pond ses œufs dans les tas de matières organiques en décomposition, dont le compost et la paille.
- La couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus) : rapide, agile, elle fréquente les zones ensoleillées et les lisières. Elle peut atteindre presque deux mètres. Inoffensive mais impressionnante.
- La vipère aspic (Vipera aspis) : la seule espèce véritablement venimeuse présente dans une grande partie de la France. Elle est plus discrète que les couleuvres, préfère les zones rocailleuses et les talus, mais peut se retrouver dans un jardin si les conditions lui conviennent.
Il est important de rappeler qu’aucun serpent ne cherche à attaquer un être humain. Les morsures surviennent presque exclusivement lorsqu’un serpent se sent coincé ou est manipulé maladroitement.
Les autres types de paillis qui posent des problèmes
La paille n’est pas la seule à attirer les reptiles. D’autres paillis couramment utilisés dans les jardins français présentent des risques similaires.
Le paillis de feuilles mortes
Les feuilles mortes non broyées étalées en couche épaisse créent exactement le même type de microhabitat que la paille. Elles sont en plus souvent humides, ce qui attire encore davantage les proies des serpents. Broyées finement, elles posent moins de problèmes car elles se tassent et laissent moins d’espaces vides.
Le paillis de bois grossier et les écorces de pin
Les écorces de pin en gros morceaux et les copeaux de bois non broyés créent des espaces entre les morceaux qui peuvent servir d’abri. Ce type de paillis est très utilisé dans les massifs ornementaux. Il est moins problématique que la paille mais pas totalement neutre.
Le paillis de miscanthus
Le miscanthus paillé est une tendance récente dans les jardins. Léger et esthétique, il présente une structure creuse qui peut attirer les reptiles à la recherche d’un abri.
Ce que vous pouvez faire pour limiter le risque
Renoncer au paillis n’est pas une solution raisonnable. Ses bénéfices pour le sol et les plantes sont trop importants. En revanche, quelques ajustements simples permettent de réduire significativement l’attractivité de votre jardin pour les serpents.
Choisir un paillis moins hospitalier
Les paillis qui se tassent et ne laissent pas d’espace vide sont beaucoup moins attractifs pour les reptiles. Parmi eux :
- Le paillis de tontes de gazon séchées finement réparties
- Le paillis de BRF (Bois Raméal Fragmenté) finement broyé
- Le paillis de chanvre, qui se compacte rapidement
- Le paillis de lin, dense et peu propice aux galeries
Contrôler l’épaisseur des couches
Une couche de paillis de cinq à sept centimètres maximum est suffisante pour retenir l’humidité et limiter les adventices. Au-delà, vous créez un habitat de plus en plus favorable aux reptiles mais aussi aux rongeurs, qui eux-mêmes attireront les serpents.
Éloigner le paillis des fondations
Laissez une bande dégagée d’au moins trente centimètres entre votre paillis et les murs de votre maison, votre terrasse ou votre portail. Les serpents cherchent à se faufiler sous les structures et à longer les murs. Une zone dégagée et sèche constitue une barrière naturelle efficace.
Réduire les populations de rongeurs
Si les mulots et les campagnols prolifèrent dans votre jardin, les serpents suivront. Limiter les sources de nourriture accessibles comme les graines tombées des mangeoires, les fruits non ramassés ou les tas de compost mal fermés contribue à rendre votre jardin moins attractif pour toute la chaîne alimentaire.
Retourner régulièrement le paillis
Un paillis retourné régulièrement, au moins une fois par mois en été, est beaucoup moins propice à l’installation durable d’un serpent. Le simple fait de perturber régulièrement le milieu suffit souvent à décourager les reptiles qui recherchent avant tout la tranquillité.
Que faire si vous trouvez un serpent dans votre jardin
La première chose à faire est de ne pas paniquer et ne pas chercher à tuer l’animal. En France, tous les serpents sont protégés par la loi. Tuer, blesser ou capturer un serpent est passible d’amendes. La grande majorité des espèces présentes dans les jardins français sont inoffensives et jouent un rôle écologique important dans la régulation des populations de rongeurs.
Si le serpent est dans un endroit problématique, vous pouvez contacter la Société Herpétologique de France ou votre mairie qui pourra vous orienter vers un intervenant compétent pour déplacer l’animal sans le blesser.
Si vous êtes mordu, ce qui reste extrêmement rare, appelez le 15 ou le 112 et signalez une morsure de serpent. En cas de morsure de vipère, gardez le membre mordu immobile et en dessous du niveau du cœur. N’incisez pas la plaie, ne posez pas de garrot et ne sucez pas le venin. Ces pratiques, longtemps répandues, aggravent la situation.
Le paradoxe du jardinier respectueux de la nature
Il y a quelque chose d’assez ironique dans cette situation. Les jardiniers qui utilisent du paillis naturel, qui refusent les pesticides, qui laissent des zones sauvages dans leur jardin sont précisément ceux qui créent les conditions les plus favorables à la biodiversité. Et la biodiversité inclut les serpents. Un jardin vivant, riche en insectes, en rongeurs et en amphibiens, est un jardin attractif pour les reptiles.
Ce n’est pas une raison de revenir à des jardins stériles et chimiquement entretenus. Mais c’est une invitation à connaître un peu mieux les habitants invisibles de son jardin, à comprendre leurs besoins et leurs comportements, et à aménager l’espace de façon à cohabiter sereinement avec eux. Un serpent au fond du jardin, dans les herbes hautes loin de la terrasse, c’est un allié. Un serpent installé sous le paillis posé contre le mur de la cuisine, c’est une situation qu’on peut éviter avec quelques précautions simples.
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- Le paillis de paille et de foin : le grand coupable
- Pourquoi les serpents sont attirés par ces conditions
- Les espèces que vous risquez de croiser dans votre jardin
- Les autres types de paillis qui posent des problèmes
- Le paillis de feuilles mortes
- Le paillis de bois grossier et les écorces de pin
- Le paillis de miscanthus
- Ce que vous pouvez faire pour limiter le risque
- Choisir un paillis moins hospitalier
- Contrôler l’épaisseur des couches
- Éloigner le paillis des fondations
- Réduire les populations de rongeurs
- Retourner régulièrement le paillis
- Que faire si vous trouvez un serpent dans votre jardin
- Le paradoxe du jardinier respectueux de la nature
