La Monarde : cette vivace méconnue qui fleurit tout l’été et parfume vos plats comme une herbe aromatique

Dans beaucoup de jardins français, on retrouve toujours les mêmes plantes : la lavande, le romarin, la sauge.

Pourtant, il existe une vivace qui mériterait largement sa place dans nos massifs et dans nos cuisines, et qui reste étrangement absente de la plupart des jardins.

La monarde, aussi appelée Monarda, est une plante qui cumule des atouts rares : elle fleurit pendant de longues semaines en été, elle attire les pollinisateurs en masse, et ses feuilles dégagent un parfum puissant qui rappelle l’origan et le thym citronné.

Originaire d’Amérique du Nord, elle était utilisée depuis des siècles par les peuples autochtones, notamment les Oswego, qui lui ont valu l’un de ses surnoms : le thé d’Oswego.

En France, on la croise parfois dans les jardins de collectionneurs ou les parcs botaniques, mais rarement dans les jardins ordinaires.

C’est une injustice que cet article entend corriger.

Qu’est-ce que la monarde exactement ?

La monarde appartient à la famille des Lamiacées, la même que la menthe, le basilic ou encore la mélisse. Ce détail n’est pas anodin : il explique en partie ses propriétés aromatiques et la forme caractéristique de ses fleurs en tubes groupés en couronnes. Le genre Monarda comprend une vingtaine d’espèces, mais c’est surtout Monarda didyma et Monarda fistulosa qui sont cultivées dans les jardins européens.

Monarda didyma produit des fleurs rouge vif à rose foncé, tandis que Monarda fistulosa offre des teintes lavande à violet pâle. Les deux espèces ont des feuilles ovales, légèrement dentées, qui dégagent un arôme intense dès qu’on les frôle. La plante peut atteindre entre 60 et 120 cm de hauteur selon la variété et les conditions de culture. Elle est rustique, capable de résister à des températures négatives jusqu’à -20 °C environ, ce qui la rend parfaitement adaptée à la quasi-totalité du territoire français.

Une floraison généreuse qui dure tout l’été

C’est l’un des premiers arguments en faveur de la monarde dans un jardin : sa floraison est longue. Elle commence généralement en juin et peut se prolonger jusqu’en septembre si les conditions sont favorables et si l’on prend soin de couper les fleurs fanées régulièrement. Dans les régions au climat doux, certains jardiniers rapportent des floraisons qui s’étirent encore plus loin dans la saison.

Les fleurs, organisées en pompons hérissés de pétales tubulaires, sont à la fois originales et très décoratives. Elles se déclinent dans une palette qui va du blanc pur au rouge sang, en passant par toutes les nuances de rose, de saumon et de violet. Parmi les variétés les plus appréciées, on trouve :

  • ‘Cambridge Scarlet’ : une valeur sûre aux fleurs rouge intense, très vigoureuse
  • ‘Croftway Pink’ : aux fleurs rose tendre, plus discrète et élégante
  • ‘Violet Queen’ : aux fleurs violet foncé, particulièrement appréciée des bourdons
  • ‘Snow White’ : aux fleurs blanches immaculées, idéale pour les jardins en camaïeu
  • ‘Scorpion’ : une variété moderne aux grandes fleurs violet-pourpre, réputée pour sa résistance à l’oïdium

Cette diversité de couleurs permet d’intégrer la monarde dans des compositions très différentes, que ce soit dans un massif champêtre, un jardin de cottage ou même un jardin contemporain structuré.

Un aimant à pollinisateurs au jardin

Si vous cherchez à attirer les abeilles, les bourdons et les papillons dans votre jardin, la monarde est l’une des plantes les plus efficaces. La forme tubulaire de ses fleurs est particulièrement adaptée aux insectes à longue trompe. En période de floraison, un pied de monarde peut littéralement bourdonner d’activité. Les colibris, dans les régions où ils sont présents, en sont très friands — c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles elle est si populaire dans les jardins nord-américains.

Dans un contexte où la biodiversité des insectes pollinisateurs est sous pression, planter des monardes dans son jardin est un geste simple et concret. Elle produit du nectar en abondance et offre une ressource alimentaire précieuse pendant les mois d’été, une période où certaines autres plantes ont déjà terminé leur floraison.

Ses feuilles en cuisine : un arôme surprenant entre origan et bergamote

C’est peut-être l’aspect le plus méconnu de la monarde : ses feuilles sont comestibles et aromatiques. Leur parfum est complexe, difficile à comparer à une seule plante. On y perçoit des notes d’origan, de thym, mais aussi une touche légèrement citronnée et florale qui rappelle la bergamote — ce qui explique d’ailleurs pourquoi on l’appelle parfois bergamote sauvage en Amérique du Nord.

Cette ressemblance aromatique avec la bergamote est purement fortuite : la monarde ne contient pas de bergaptène comme le fruit du bergamotier, mais elle produit du thymol et du carvacrol, deux composés aromatiques que l’on retrouve dans le thym et l’origan. C’est ce qui lui confère à la fois son parfum caractéristique et ses propriétés légèrement antiseptiques.

En cuisine, les feuilles de monarde s’utilisent fraîches ou séchées. Voici quelques façons de les intégrer dans vos plats :

  • Finement ciselées sur une salade de tomates avec de la mozzarella, elles remplacent avantageusement le basilic en apportant une note plus complexe
  • Ajoutées en fin de cuisson dans une sauce tomate maison, elles enrichissent le plat d’une profondeur aromatique proche de l’origan
  • Infusées dans de l’huile d’olive pendant quelques semaines pour obtenir une huile parfumée originale
  • Glissées sous la peau d’un poulet rôti avec du beurre et de l’ail, à la manière dont on utilise le thym
  • Séchées et mélangées à du sel pour créer un sel aromatique maison
  • En infusion chaude ou froide pour une tisane au goût doux et légèrement épicé

Les fleurs sont comestibles et peuvent décorer une assiette ou être ajoutées à une salade. Leur saveur est plus douce que celle des feuilles, avec une légère note poivrée.

Comment cultiver la monarde sans difficulté

La monarde est une plante généreuse qui ne demande pas beaucoup d’attention une fois bien installée. Quelques points sont cependant importants à connaître pour qu’elle donne le meilleur d’elle-même.

L’exposition et le sol

La monarde préfère une exposition en plein soleil ou mi-ombre. Elle tolère l’ombre partielle, mais sa floraison sera moins abondante. Concernant le sol, elle apprécie les terres fraîches, riches et bien drainées. Un sol qui reste trop sec en été va la faire souffrir, tandis qu’un sol trop compact et humide en hiver peut favoriser la pourriture des racines. Dans les régions à étés chauds et secs, un paillis au pied de la plante est recommandé pour conserver l’humidité.

L’arrosage

C’est le point le plus délicat avec la monarde : elle a besoin d’une certaine humidité régulière, surtout pendant les périodes de sécheresse. Un arrosage au pied, sans mouiller le feuillage, est préférable pour limiter les risques d’oïdium, sa principale maladie.

L’oïdium, le seul vrai problème

L’oïdium est effectivement la principale faiblesse de la monarde. Ce champignon, qui se manifeste par un feutrage blanc sur les feuilles, apparaît souvent en fin d’été, surtout quand les nuits commencent à fraîchir. Il ne tue pas la plante, mais enlaidit le feuillage. Pour limiter ce problème :

  • Choisir des variétés résistantes comme ‘Scorpion’, ‘Balmy Pink’ ou ‘Leading Lady Plum’
  • Éviter de trop serrer les plants pour favoriser la circulation de l’air
  • Arroser au pied et jamais sur le feuillage
  • Couper les tiges atteintes dès les premiers signes

La multiplication

La monarde se multiplie facilement par division des touffes au printemps ou en automne. Tous les trois ou quatre ans, il est d’ailleurs conseillé de diviser les touffes pour les rajeunir, car la plante a tendance à s’épuiser au centre. On peut aussi la multiplier par bouturage de tiges au printemps ou par semis, bien que cette dernière méthode soit plus longue et que les variétés hybrides ne soient pas fidèles au semis.

La monarde dans l’histoire et la médecine traditionnelle

Avant d’être une plante de jardin, la monarde était une plante médicinale. Les peuples autochtones d’Amérique du Nord utilisaient Monarda fistulosa pour traiter de nombreux maux : infections respiratoires, maux de tête, problèmes digestifs. Ils l’appliquaient aussi en cataplasme sur les blessures pour ses propriétés antiseptiques, liées à sa teneur en thymol.

En Europe, la plante a été introduite au XVIe siècle par les botanistes qui exploraient le Nouveau Monde. Le botaniste espagnol Nicolás Monardes, qui lui a donné son nom, l’a décrite dans ses travaux sur les plantes médicinales américaines, bien qu’il ne l’ait jamais vue en personne dans son habitat naturel.

Après le Boston Tea Party de 1773, quand les colons américains ont boycotté le thé britannique, certains se sont tournés vers l’infusion de monarde comme substitut. C’est à cette époque que l’expression thé d’Oswego s’est popularisée, en référence à la ville d’Oswego dans l’État de New York, où la plante poussait en abondance.

Associer la monarde au jardin

La monarde s’intègre naturellement dans les massifs de vivaces, les jardins champêtres et les bordures. Sa hauteur moyenne en fait une plante de second plan idéale, que l’on peut associer à :

  • Les échinacées (Echinacea purpurea), qui partagent les mêmes goûts en matière de sol et d’exposition
  • Les rudbeckias, pour un effet prairie très coloré
  • Les agastaches, autre plante aromatique à floraison longue très appréciée des pollinisateurs
  • Les graminées ornementales comme le miscanthus ou le pennisetum, pour apporter du mouvement et du contraste
  • Les véroniques en épis, pour jouer sur les formes verticales

Dans un jardin potager, elle trouve sa place en bordure de carré, où elle attire les pollinisateurs utiles pour les légumes et les fruits voisins. Certains jardiniers la plantent à proximité des tomates ou des courges pour favoriser leur pollinisation.

Où trouver des plants de monarde ?

La monarde reste relativement peu présente dans les grandes surfaces de jardinage, où l’on ne trouve souvent qu’une ou deux variétés basiques. Pour accéder à une sélection plus large, il vaut mieux se tourner vers les pépinières spécialisées en vivaces, les marchés aux plantes ou les boutiques en ligne spécialisées. Des associations de jardiniers proposent aussi régulièrement des échanges de plants et de divisions de touffes, ce qui permet de se procurer des variétés rares à moindre coût.

Le meilleur moment pour planter un pied de monarde acheté en conteneur est le printemps ou le début de l’automne, pour lui laisser le temps de s’installer avant les chaleurs ou les gelées. Une fois bien enracinée, elle reviendra fidèlement chaque année, en s’étalant doucement pour former de belles touffes de plus en plus généreuses.

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