Il ne paie pas de mine, mais attire les abeilles et éloigne les pucerons : le héros discret du potager

Parmi les plantes qui peuplent nos jardins, certaines jouent un rôle bien plus important qu’on ne l’imagine.

C’est le cas du souci, cette fleur orange ou jaune qui pousse sans grande prétention dans nos potagers.

Son apparence modeste cache pourtant des pouvoirs étonnants.

Tandis que les jardiniers amateurs cherchent souvent des solutions complexes contre les nuisibles, cette plante travaille discrètement à maintenir l’équilibre de notre écosystème végétal.

Le souci, de son nom latin Calendula officinalis, mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Le souci : portrait d’une fleur aux multiples talents

Le souci officinal, aussi appelé calendula, est une plante annuelle appartenant à la famille des Astéracées. Originaire du bassin méditerranéen, il s’est parfaitement adapté à nos climats tempérés. Sa culture ne demande presque aucun effort, ce qui explique sa présence dans de nombreux jardins familiaux depuis des générations.

Reconnaissable à ses fleurs aux teintes chaudes allant du jaune vif à l’orange profond, le souci peut atteindre 30 à 60 cm de hauteur. Ses feuilles légèrement collantes et son odeur caractéristique – que certains qualifient de résineuse – sont deux caractéristiques qui jouent un rôle crucial dans ses propriétés répulsives contre certains insectes.

Une plante facile à cultiver

Le souci se contente de peu. Il pousse dans presque tous les types de sols, même pauvres, à condition qu’ils soient bien drainés. Il apprécie le plein soleil mais tolère la mi-ombre. Sa rusticité en fait une plante idéale pour les jardiniers débutants.

Pour l’installer dans votre potager, semez-le directement en place d’avril à juin. Les graines germent en 8 à 15 jours. Vous pouvez aussi le laisser se ressemer naturellement d’une année sur l’autre – il est même parfois un peu trop efficace à ce jeu-là!

  • Exposition : soleil à mi-ombre
  • Sol : peu exigeant, préfère les sols drainés
  • Arrosage : modéré, supporte bien la sécheresse
  • Floraison : de mai jusqu’aux premières gelées
  • Hauteur : 30 à 60 cm

Le souci, ennemi juré des pucerons

Si le souci est tant apprécié des jardiniers bio, c’est avant tout pour sa capacité à tenir les pucerons à distance. Ces petits insectes suceurs de sève peuvent causer d’importants dégâts aux cultures si on les laisse proliférer.

Comment le souci repousse-t-il les pucerons?

Le mécanisme de protection du souci contre les pucerons repose sur plusieurs facteurs :

  1. Son odeur dégage des composés volatils qui perturbent les pucerons
  2. Ses feuilles collantes sécrètent une substance qui repousse ces insectes
  3. Il attire les auxiliaires prédateurs naturels des pucerons

Des études menées par l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement) ont confirmé que la présence de soucis dans un potager réduisait significativement les populations de pucerons sur les cultures adjacentes, notamment les tomates, les haricots et les rosiers.

Les meilleures associations avec le souci pour lutter contre les pucerons

Pour maximiser l’effet répulsif du souci, certaines associations sont particulièrement recommandées :

Culture à protégerDisposition conseillée
TomatesPlanter des soucis entre les pieds de tomates
RosiersEntourer les rosiers de soucis
HaricotsAlterner rangs de haricots et rangs de soucis
FraisiersDisposer des soucis en bordure des planches

Jean Dupont, maraîcher bio dans le Lot-et-Garonne depuis 25 ans, témoigne : « J’ai toujours des soucis dans mon potager. Avant d’utiliser cette plante, je perdais régulièrement une partie de ma récolte de tomates à cause des pucerons. Maintenant, je n’ai presque plus de problèmes, et sans aucun traitement chimique. »

Un restaurant 5 étoiles pour les pollinisateurs

Si le souci éloigne les pucerons, il attire en revanche de nombreux insectes bénéfiques au jardin, en particulier les pollinisateurs.

Un nectar abondant pour les abeilles

Les fleurs de souci produisent un nectar abondant et facilement accessible qui attire particulièrement les abeilles domestiques (Apis mellifera). Dans un contexte de déclin des populations d’abeilles, planter des soucis contribue modestement mais concrètement à leur offrir des ressources alimentaires.

Le souci présente un autre avantage de taille : sa longue période de floraison. En effet, il fleurit de mai jusqu’aux premières gelées, offrant ainsi une source de nourriture aux pollinisateurs pendant une grande partie de l’année, y compris en fin d’été lorsque les ressources florales se raréfient.

Une diversité d’insectes auxiliaires

Au-delà des abeilles, le souci attire de nombreux autres insectes utiles :

  • Les syrphes, dont les larves sont de grandes consommatrices de pucerons
  • Les coccinelles, prédatrices bien connues des pucerons
  • Les chrysopes, dont les larves peuvent dévorer jusqu’à 500 pucerons
  • Divers papillons qui participent à la pollinisation

Cette capacité à attirer les auxiliaires renforce l’action répulsive directe du souci contre les pucerons : non seulement il les repousse, mais il attire aussi leurs prédateurs naturels. Un double effet qui explique son efficacité.

Les autres bienfaits méconnus du souci au potager

Les talents du souci ne s’arrêtent pas à la lutte contre les pucerons et à l’attraction des pollinisateurs. Cette plante aux multiples facettes offre d’autres avantages au jardinier.

Un répulsif contre d’autres ravageurs

Le souci n’agit pas uniquement sur les pucerons. Il repousse :

  • Les aleurodes ou mouches blanches, redoutables pour les tomates et concombres
  • Certains nématodes parasites du sol qui s’attaquent aux racines
  • Les altises, petits coléoptères qui perforent les feuilles des crucifères

Une étude publiée dans le Journal of Agricultural Research a démontré que les composés soufrés émis par les racines du souci avaient un effet nématicide significatif, réduisant les populations de nématodes dans le sol jusqu’à 90% dans certaines conditions.

Un engrais vert méconnu

Le souci peut jouer le rôle d’engrais vert. Ses racines améliorent la structure du sol et, une fois la plante enfouie, elle se décompose rapidement en libérant des éléments nutritifs.

De plus, ses racines établissent des relations symbiotiques avec certains champignons bénéfiques du sol (mycorhizes), améliorant ainsi l’écosystème souterrain du potager.

Des propriétés médicinales reconnues

Au-delà de ses usages au potager, le souci officinal est une plante médicinale aux propriétés bien documentées :

  • Action anti-inflammatoire et cicatrisante en usage externe
  • Propriétés antioxydantes grâce à sa richesse en caroténoïdes
  • Effets antibactériens et antifongiques modérés

Marie Dubois, herboriste dans le Perche, explique : « Le souci est l’une des premières plantes que je recommande d’introduire dans un jardin familial. Non seulement il protège les autres plantes, mais on peut aussi l’utiliser pour préparer des macérats huileux excellents pour la peau. »

Comment intégrer le souci dans votre potager?

Maintenant que vous connaissez tous les bienfaits du souci, voici quelques conseils pratiques pour l’intégrer efficacement dans votre espace de culture.

Les meilleures variétés de souci pour le potager

Toutes les variétés de soucis possèdent les propriétés répulsives et attractives mentionnées, mais certaines sont particulièrement adaptées au potager :

  • Calendula officinalis ‘Nana’ : variété naine idéale pour les bordures
  • Calendula officinalis ‘Bon Bon’ : fleurs doubles très attractives pour les pollinisateurs
  • Calendula officinalis ‘Indian Prince’ : variété vigoureuse aux fleurs orange foncé
  • Calendula officinalis ‘Resina’ : sélectionnée pour sa haute teneur en résine, maximisant l’effet répulsif

Stratégies d’implantation efficaces

Pour optimiser les bénéfices du souci, plusieurs stratégies d’implantation sont possibles :

  1. En bordure : planter des soucis tout autour du potager crée une barrière protectrice
  2. En intercalaire : placer des pieds de souci entre les légumes sensibles aux pucerons
  3. En massifs : créer des îlots de soucis répartis stratégiquement dans le potager
  4. En rotation : inclure le souci dans votre plan de rotation des cultures pour assainir le sol

Pierre Martin, formateur en permaculture, conseille : « Ne regroupez pas tous vos soucis au même endroit. Dispersez-les dans tout le potager pour maximiser leur zone d’influence. Et n’hésitez pas à en mettre beaucoup – c’est une plante qui ne prend jamais le dessus sur les autres. »

Entretien minimal pour bénéfices maximaux

L’un des grands avantages du souci est qu’il demande très peu d’entretien :

  • Arrosez uniquement en cas de sécheresse prolongée
  • Supprimez les fleurs fanées pour prolonger la floraison
  • Laissez quelques fleurs monter en graines pour assurer le ressemis naturel
  • En fin de saison, vous pouvez soit arracher les plants épuisés, soit les enfouir comme engrais vert

Le souci est vraiment la plante idéale pour les jardiniers qui recherchent l’efficacité avec un minimum d’efforts. Son seul « défaut » est peut-être sa tendance à se ressemer généreusement, mais les plants excédentaires s’arrachent facilement au printemps.

En définitive, le souci incarne parfaitement la philosophie du jardinage écologique : une plante multifonctionnelle qui participe à l’équilibre global du jardin tout en demandant peu d’attention. Ce héros discret du potager mérite amplement sa place dans nos espaces cultivés, prouvant qu’en jardinage, les solutions les plus simples sont souvent les plus efficaces.

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