Ce légume pousse sans eau, se récolte en 50 jours et régénère les sols appauvris

L’amarante, plante ancestrale trop longtemps oubliée, fait un retour remarqué dans nos jardins et nos assiettes.

Face aux défis climatiques actuels, cette plante robuste offre des solutions concrètes pour une agriculture plus résiliente.

Cultivée depuis des millénaires par les civilisations précolombiennes qui la considéraient comme sacrée, l’amarante se distingue par sa capacité à prospérer dans des conditions difficiles tout en apportant une valeur nutritionnelle exceptionnelle.

L’amarante : portrait d’une plante exceptionnelle

L’amarante appartient à la famille des Amaranthacées et compte plus de 60 espèces différentes. Originaire d’Amérique centrale, cette plante était un aliment de base des Aztèques et des Incas avant d’être presque éradiquée lors de la colonisation espagnole qui voyait d’un mauvais œil son utilisation dans les rituels religieux.

Haute de 1 à 2 mètres à maturité, l’amarante se reconnaît à ses feuilles ovales ou lancéolées et ses inflorescences colorées allant du pourpre au rouge vif, en passant par le vert ou le doré selon les variétés. Ces épis denses lui ont d’ailleurs valu le surnom de « queue de renard ».

Les différentes variétés d’amarante

  • Amaranthus caudatus : connue sous le nom de « queue de renard » ou « amarante queue-de-renard », appréciée pour ses graines et son aspect ornemental
  • Amaranthus cruentus : l’amarante pourpre, cultivée tant pour ses graines que pour ses feuilles comestibles
  • Amaranthus hypochondriacus : l’amarante grain, principalement cultivée pour sa production de graines
  • Amaranthus tricolor : l’amarante chinoise ou épinard chinois, cultivée spécifiquement pour ses feuilles

Un légume qui défie la sécheresse

L’une des caractéristiques les plus remarquables de l’amarante est sa résistance exceptionnelle à la sécheresse. Cette plante utilise le mécanisme photosynthétique C4, similaire à celui du maïs, qui lui permet d’optimiser l’utilisation de l’eau et du dioxyde de carbone, même dans des conditions de forte chaleur.

Grâce à son système racinaire profond qui peut s’étendre jusqu’à 1,8 mètre dans le sol, l’amarante parvient à puiser l’eau dans les couches profondes du sol. Cette adaptation lui permet de continuer à croître même lorsque les précipitations se font rares. Des études menées au Mexique ont démontré que l’amarante peut survivre avec seulement 200 mm de précipitations annuelles, là où d’autres cultures conventionnelles périraient.

Dans les régions sujettes aux sécheresses récurrentes comme certaines zones d’Afrique subsaharienne, l’amarante est devenue une culture de choix pour assurer la sécurité alimentaire. Au Kenya, des projets agricoles ont introduit cette plante avec succès, permettant aux communautés locales de maintenir une production alimentaire même pendant les périodes les plus sèches.

Un cycle de croissance rapide : de la graine à l’assiette en 50 jours

L’amarante impressionne par la rapidité de son cycle végétatif. Alors que de nombreuses cultures céréalières nécessitent 3 à 4 mois avant la récolte, les feuilles d’amarante peuvent être cueillies dès 30 à 50 jours après le semis.

Cette précocité offre plusieurs avantages considérables :

  • La possibilité de réaliser plusieurs récoltes successives sur une même saison
  • Une production alimentaire rapide en cas de pénurie
  • Une meilleure adaptation aux saisons de culture courtes
  • Un retour sur investissement accéléré pour les agriculteurs

Le semis s’effectue au printemps, lorsque les risques de gelées sont écartés, dans un sol réchauffé à au moins 15°C. Les graines, extrêmement petites (environ 1 mm), sont semées à faible profondeur, à peine recouvertes de terre. La germination intervient généralement en 7 à 14 jours.

Calendrier de culture de l’amarante

ÉtapePériode
SemisAvril à juin (après les dernières gelées)
Levée7 à 14 jours après semis
Première récolte des feuilles30 à 50 jours après semis
Récolte des graines90 à 120 jours après semis

La croissance de l’amarante est particulièrement rapide lorsque les températures oscillent entre 25 et 30°C, conditions dans lesquelles elle peut gagner plusieurs centimètres par jour. Cette vitesse de développement en fait une culture idéale pour les régions où la saison de croissance est courte ou pour les jardiniers impatients.

Un régénérateur naturel des sols appauvris

Au-delà de ses qualités productives, l’amarante joue un rôle crucial dans la restauration des sols dégradés. Son système racinaire dense et profond participe activement à l’amélioration de la structure du sol, favorisant l’infiltration de l’eau et limitant l’érosion.

Plusieurs mécanismes expliquent cette capacité régénératrice :

Fixation des nutriments

L’amarante possède une capacité remarquable à extraire et concentrer les minéraux du sol, notamment le phosphore et l’azote. Lorsque les parties non récoltées de la plante sont laissées sur place, ces nutriments sont restitués au sol sous une forme plus facilement assimilable par les cultures suivantes.

Des recherches menées par l’Université de Pretoria en Afrique du Sud ont démontré que l’amarante peut extraire efficacement les métaux lourds des sols contaminés, participant ainsi à leur dépollution. Cette phytoremédiation naturelle représente une alternative écologique aux traitements chimiques coûteux.

Amélioration de la biodiversité microbienne

Les exsudats racinaires de l’amarante stimulent l’activité des micro-organismes bénéfiques du sol. Ces communautés microbiennes jouent un rôle essentiel dans la décomposition de la matière organique et la mise à disposition des nutriments pour les plantes.

Une étude publiée dans le Journal of Agricultural Science a révélé que les parcelles cultivées en amarante présentaient une diversité microbienne jusqu’à 40% supérieure à celles cultivées avec des céréales conventionnelles.

Couverture du sol et lutte contre l’érosion

Grâce à sa croissance rapide et son feuillage dense, l’amarante offre une couverture efficace qui protège le sol contre l’impact direct des pluies et du vent. Cette protection naturelle limite le ruissellement et préserve la couche arable, particulièrement précieuse dans les régions sujettes à l’érosion.

Dans les systèmes d’agriculture régénérative, l’amarante est souvent utilisée comme culture de couverture entre deux cultures principales. Elle peut être intégrée dans des rotations culturales pour restaurer la fertilité des sols épuisés.

Une valeur nutritionnelle exceptionnelle

L’amarante n’est pas seulement remarquable pour ses qualités agronomiques, elle constitue un superaliment aux propriétés nutritionnelles impressionnantes.

Les feuilles : un légume-feuille complet

Les feuilles d’amarante, consommées comme légume vert, sont particulièrement riches en :

  • Vitamines A, B6, C et K
  • Minéraux (calcium, magnésium, potassium, fer)
  • Antioxydants (notamment des flavonoïdes)
  • Fibres alimentaires

Avec une teneur en protéines avoisinant les 30% sur matière sèche, les feuilles d’amarante surpassent la plupart des légumes-feuilles conventionnels. Elles contiennent de la lysine, un acide aminé essentiel souvent déficient dans les régimes alimentaires basés sur les céréales.

Les graines : un pseudo-céréale sans gluten

Les graines d’amarante, bien que minuscules, concentrent une valeur nutritionnelle remarquable :

  • 14 à 16% de protéines de haute qualité
  • Une composition équilibrée en acides aminés essentiels
  • Des lipides riches en acides gras insaturés
  • Une forte teneur en minéraux (fer, calcium, magnésium)
  • Absence totale de gluten

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a reconnu l’amarante comme l’une des cultures les plus prometteuses pour combattre la malnutrition dans les pays en développement, notamment en raison de son profil nutritionnel complet et de sa facilité de culture.

Comment cultiver l’amarante dans son jardin

La culture de l’amarante est accessible même aux jardiniers débutants, grâce à sa rusticité et sa tolérance à différentes conditions de croissance.

Choix de l’emplacement et préparation du sol

L’amarante préfère les expositions ensoleillées, bien que certaines variétés tolèrent la mi-ombre. Concernant le sol, elle s’adapte à presque tous les types de terrains, même pauvres, à condition qu’ils soient bien drainés.

Pour optimiser sa croissance :

  • Travaillez légèrement le sol en surface pour créer un lit de semence fin
  • Un pH neutre à légèrement acide (6,0 à 7,0) est idéal
  • Un apport modéré de compost peut favoriser le développement initial, bien que non indispensable

Semis et entretien

Le semis s’effectue au printemps, lorsque tout risque de gelée est écarté :

  1. Semez en lignes espacées de 40 à 50 cm
  2. Mélangez les minuscules graines avec du sable fin pour faciliter leur répartition
  3. Recouvrez à peine les graines (1-2 mm maximum)
  4. Maintenez le sol humide jusqu’à la levée
  5. Éclaircissez les plants à 20-30 cm d’intervalle lorsqu’ils atteignent 5-10 cm

L’entretien est minimal : un désherbage dans les premières semaines suffit généralement, car une fois établie, l’amarante étouffe naturellement les adventices. L’arrosage n’est nécessaire qu’en cas de sécheresse prolongée, et encore, de façon modérée.

Récolte et conservation

La récolte des feuilles peut commencer dès que les plants atteignent 15-20 cm de hauteur. Deux méthodes sont possibles :

  • Récolte sélective : prélevez les feuilles extérieures en laissant le cœur se développer
  • Récolte complète : coupez la plante à 5 cm du sol, elle repoussera pour une seconde récolte

Pour les graines, attendez que les inflorescences commencent à sécher et que les premières graines se détachent facilement. Coupez alors les épis et suspendez-les tête en bas au-dessus d’un drap pour récupérer les graines qui tomberont naturellement.

Les feuilles fraîches se conservent 3-4 jours au réfrigérateur. Elles peuvent être séchées ou blanchies puis congelées. Les graines, une fois bien séchées, se conservent plusieurs années dans un contenant hermétique.

L’amarante : une culture d’avenir face aux défis climatiques

Dans un contexte de changement climatique et de recherche de solutions agricoles durables, l’amarante représente une alternative crédible aux cultures conventionnelles plus vulnérables.

Sa résilience face aux conditions extrêmes (sécheresse, chaleur, sols pauvres) en fait une culture stratégique pour l’adaptation de l’agriculture aux nouvelles réalités climatiques. En Afrique et en Amérique latine, plusieurs programmes de développement agricole intègrent désormais l’amarante comme composante clé de la sécurité alimentaire.

Au-delà de ses qualités agronomiques, l’amarante s’inscrit parfaitement dans une démarche d’agriculture régénérative. En améliorant la structure du sol, en favorisant la biodiversité et en limitant les besoins en intrants, elle répond aux enjeux de durabilité qui s’imposent à l’agriculture moderne.

Enfin, sa richesse nutritionnelle exceptionnelle offre des perspectives intéressantes pour diversifier notre alimentation et répondre aux défis de la malnutrition, tant dans les pays en développement que dans les sociétés occidentales en quête d’aliments plus sains et plus durables.

L’amarante nous rappelle que certaines solutions aux problèmes contemporains résident parfois dans des savoirs ancestraux que nous avons trop longtemps négligés. Cette plante millénaire, jadis vénérée puis oubliée, pourrait bien devenir l’un des piliers de l’agriculture de demain.

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