La période estivale marque traditionnellement la fin de la grande récolte de fraises pour de nombreux jardiniers.
Pourtant, cette étape ne signifie pas l’arrêt complet de la production.
Les maraîchers expérimentés connaissent des techniques spécifiques à appliquer dès la fin juillet pour stimuler une seconde floraison et prolonger la saison des fraises jusqu’aux premiers froids.
Ces méthodes, transmises de génération en génération dans les exploitations familiales, permettent d’obtenir des fruits savoureux en automne, souvent plus concentrés en sucres que ceux du printemps.
L’art de la culture des fraises ne s’arrête donc pas avec les dernières cueillettes de juin. Au contraire, c’est précisément à ce moment que commence une phase cruciale pour préparer les plants à une nouvelle phase productive. Les variétés remontantes, en particulier, répondent remarquablement bien à ces interventions ciblées qui réveillent leur potentiel de fructification.
La taille drastique des stolons et du feuillage ancien
Le premier geste fondamental consiste à procéder à une taille sévère des stolons et du feuillage vieillissant. Cette opération, que les professionnels appellent « nettoyage d’été », doit être réalisée entre le 20 et le 31 juillet selon les régions.
Les stolons, ces longues tiges qui s’étendent horizontalement depuis le pied mère, puisent une énergie considérable dans la plante. En les supprimant intégralement, vous redirigez toute la sève vers la production de nouvelles feuilles et de futurs boutons floraux. Cette intervention se fait à l’aide d’un sécateur bien affûté, en coupant au ras du collet principal.
Technique de taille du feuillage
Pour le feuillage, l’approche diffère selon l’état des feuilles. Les feuilles jaunies, tachées ou abîmées doivent être éliminées en priorité. Elles constituent des foyers potentiels de maladies cryptogamiques comme l’oïdium ou la pourriture grise. Ne conservez que les feuilles les plus jeunes et les plus vigoureuses, généralement celles du cœur de la plante.
Cette taille stimule l’émission de nouvelles pousses dès la première semaine d’août. Les maraîchers observent généralement l’apparition des premiers boutons floraux entre 15 et 20 jours après cette intervention, selon les conditions météorologiques.
L’apport d’engrais spécifique riche en phosphore
Le second geste technique concerne la fertilisation ciblée des fraisiers après la taille. Contrairement aux apports printaniers riches en azote qui favorisent le développement végétatif, la fertilisation de fin juillet doit privilégier le phosphore et la potasse pour stimuler la floraison et la fructification.
L’engrais idéal présente un ratio NPK de type 5-10-10 ou 4-12-8. Le phosphore joue un rôle déterminant dans la formation des boutons floraux, tandis que la potasse améliore la qualité gustative des fruits à venir. Cet apport se fait de préférence sous forme liquide, dilué dans l’eau d’arrosage, pour une assimilation rapide par les racines.
Dosage et fréquence d’application
La dose recommandée varie selon le type d’engrais utilisé, mais généralement :
- Engrais liquide : 20 ml pour 10 litres d’eau, application hebdomadaire pendant 4 semaines
- Engrais granulé : 30g par mètre carré, incorporation légère par griffage
- Engrais organique : compost bien décomposé, 2 à 3 cm d’épaisseur en paillis
Les maraîchers biologiques privilégient souvent la poudre d’os ou le guano, riches en phosphore naturel. Ces amendements organiques libèrent leurs éléments nutritifs progressivement, nourrissant les plants sur plusieurs semaines.
Le renouvellement du paillis et l’optimisation de l’arrosage
Le troisième geste essentiel porte sur la gestion de l’humidité et la protection du sol. Après la taille et la fertilisation, il convient de renouveler entièrement le paillis autour des fraisiers. L’ancien paillis, souvent dégradé et potentiellement contaminé par des spores de champignons, doit être évacué et composté.
Le nouveau paillis, d’une épaisseur de 5 à 7 centimètres, remplit plusieurs fonctions vitales. Il maintient une humidité constante au niveau des racines, limite le développement des adventices et protège les futurs fruits du contact direct avec le sol. Les matériaux les plus efficaces sont la paille de blé, les copeaux de bois ou les feuilles mortes bien sèches.
Adaptation du système d’irrigation
L’arrosage doit être repensé pour cette seconde phase de production. Les besoins hydriques des fraisiers remontants augmentent significativement dès l’apparition des nouvelles pousses. Un arrosage au goutte-à-goutte s’avère idéal, délivrant 2 à 3 litres d’eau par mètre carré tous les deux jours.
La régularité prime sur l’abondance. Des arrosages trop espacés mais copieux favorisent l’éclatement des fruits et diluent leur concentration en sucres. À l’inverse, un apport hydrique constant permet aux plants de développer un système racinaire dense et efficace.
Les variétés les plus réactives à ces techniques
Toutes les variétés de fraisiers ne répondent pas avec la même intensité à ces interventions de fin juillet. Les variétés remontantes montrent la meilleure réactivité, avec des résultats particulièrement spectaculaires sur certains cultivars.
| Variété | Réactivité | Période de production automnale |
|---|---|---|
| Mara des Bois | Excellente | Septembre à novembre |
| Charlotte | Très bonne | Août à octobre |
| Cijosée | Bonne | Septembre à octobre |
| Maestro | Excellente | Août à novembre |
La variété Mara des Bois se distingue particulièrement par sa capacité à produire des fruits au goût de fraise des bois jusqu’aux premières gelées. Charlotte, plus précoce, offre des fruits dès la mi-août si les conditions sont favorables.
Surveillance sanitaire renforcée
Cette relance de production s’accompagne d’une vigilance accrue concernant les maladies et ravageurs. La période estivale, avec ses alternances de chaleur et d’humidité, favorise le développement de pathogènes spécifiques.
L’anthracnose, maladie fongique redoutable, se manifeste par des taches brunes sur les fruits en formation. Sa prévention passe par une aération optimale entre les plants et l’évitement des arrosages par aspersion. Les traitements préventifs à base de bicarbonate de soude (5g par litre d’eau) appliqués tous les 15 jours donnent de bons résultats.
Gestion des ravageurs estivaux
Les limaces et escargots prolifèrent avec les arrosages réguliers. Des pièges à bière disposés entre les rangs permettent de contrôler efficacement ces gastéropodes sans recourir aux molluscicides chimiques. Le ramassage manuel en soirée reste la méthode la plus écologique.
Les pucerons, attirés par les jeunes pousses tendres, se combattent par des pulvérisations de savon noir (30ml par litre d’eau). Cette solution naturelle perturbe leur cycle de reproduction sans nuire aux auxiliaires bénéfiques.
Optimisation des conditions microclimatiques
La réussite de cette seconde production dépend largement de la création d’un microclimat favorable autour des fraisiers. L’installation de voiles d’ombrage légers (30% d’ombrage) protège les plants des fortes chaleurs d’août tout en maintenant une luminosité suffisante pour la photosynthèse.
Dans les régions aux étés particulièrement secs, l’ajout de bassines d’eau entre les rangs augmente l’hygrométrie ambiante. Cette technique, utilisée par les maraîchers méditerranéens, réduit le stress hydrique des plants et améliore la nouaison des fleurs.
La protection contre les vents desséchants mérite attention. Des haies temporaires en canisses ou des écrans végétaux créent un environnement plus stable, propice au développement harmonieux des nouveaux fruits.
Calendrier précis des interventions
Le succès de ces techniques repose sur un timing précis des interventions. Voici le calendrier optimal pour maximiser les résultats :
- 20-25 juillet : Taille des stolons et du feuillage ancien
- 26-31 juillet : Premier apport d’engrais et renouvellement du paillis
- 1-7 août : Mise en place du système d’arrosage adapté
- 8-15 août : Surveillance de l’apparition des nouvelles pousses
- 16-22 août : Second apport d’engrais si nécessaire
Cette chronologie peut varier de quelques jours selon les conditions météorologiques locales et l’état physiologique des plants. L’observation attentive des fraisiers guide les ajustements nécessaires.
Les résultats de ces interventions se concrétisent généralement dès la première quinzaine de septembre, avec l’apparition des premiers fruits de la seconde récolte. Cette production automnale, souvent moins abondante que celle du printemps, compense par une qualité gustative exceptionnelle et une conservation prolongée des fruits.
Afficher Masquer le sommaire
- La taille drastique des stolons et du feuillage ancien
- Technique de taille du feuillage
- L’apport d’engrais spécifique riche en phosphore
- Dosage et fréquence d’application
- Le renouvellement du paillis et l’optimisation de l’arrosage
- Adaptation du système d’irrigation
- Les variétés les plus réactives à ces techniques
- Surveillance sanitaire renforcée
- Gestion des ravageurs estivaux
- Optimisation des conditions microclimatiques
- Calendrier précis des interventions
